Gouvernance et influence dans le sport mondial
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Le sport mondial : qui décide que l’Afrique est prête ?
L’Afrique n’a plus à démontrer qu’elle possède la passion, les talents et le potentiel nécessaires pour accueillir les plus grandes compétitions sportives. Pourtant, sa crédibilité reste souvent soumise à des critères définis par des centres de décision extérieurs au continent. Au-delà des stades et des spectacles, le véritable enjeu est celui du pouvoir : qui fixe les règles, qui contrôle les investissements et qui décide de ce qu'est un héritage réussi ? L'Afrique doit désormais passer de la recherche de reconnaissance à la construction d'une véritable influence dans le sport mondial.
Muana Lubo Mukenge
Founder

Derrière les candidatures aux grands événements sportifs se joue une autre compétition : celle du pouvoir, de la confiance et du droit de définir les standards du sport mondial.
Lorsqu’un pays africain se porte candidat à l’organisation d’un grand événement sportif, il ne présente pas seulement un projet de stades, de transports et d’infrastructures. Il doit aussi convaincre. Convaincre qu’il est fiable, suffisamment organisé et capable de maîtriser les risques.
Mais une question mérite d’être posée : qui décide réellement qu’un pays est prêt ?
Dans le sport mondial, les critères de crédibilité, de gouvernance et de capacité organisationnelle sont largement façonnés par un nombre restreint d’acteurs institutionnels et économiques. Les centres de décision restent concentrés, et les représentations du risque ne sont pas toujours indépendantes des rapports de pouvoir historiques.
Pour les nations africaines, cette réalité se traduit souvent par une exigence supplémentaire : elles doivent prouver davantage, rassurer davantage et justifier davantage leur capacité à accueillir les plus grandes compétitions.
Pourtant, les faits invitent à nuancer ce discours.
Lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2023, organisée en Côte d’Ivoire, le continent a démontré sa capacité à mobiliser et à captiver un public international.
Vingt-quatre équipes. Cinquante-deux rencontres. Plus de 1,2 million de spectateurs dans les stades. Près de deux milliards de téléspectateurs à travers le monde et environ 75 millions de dollars de revenus commerciaux, selon les chiffres avancés.
Ce n’était pas un événement à considérer comme un simple pari risqué. C’était un spectacle mondial.
Des stades remplis, une ferveur populaire exceptionnelle, une audience internationale et un potentiel commercial considérable. La CAN a rappelé une évidence : l’Afrique n’est pas à la périphérie du sport mondial. Elle en est l’un des moteurs.
Mais célébrer cette réussite sans regarder ses limites serait une erreur.
Car accueillir une compétition et construire un système sportif durable sont deux exercices profondément différents.
La Côte d’Ivoire a démontré qu’elle pouvait organiser une grande compétition continentale. Cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble de son système de développement sportif dispose des mêmes fondations : infrastructures inégalement réparties, parcours de formation parfois fragmentés, ressources limitées pour l'encadrement technique, gouvernance et passerelles insuffisamment structurées entre sport scolaire, pratique communautaire et haut niveau.
C’est ici que se situe le véritable paradoxe africain : le continent sait produire le spectacle, mais peine encore à transformer systématiquement ce spectacle en systèmes durables.
Et c’est précisément sur ce terrain que se joue la prochaine bataille.
Le contrôle de l’accès aux grandes compétitions ne concerne pas uniquement le choix des pays hôtes. Il influence également leur capacité à maîtriser les investissements, les compétences, les infrastructures et les retombées économiques qui accompagnent ces événements.
La question n’est donc pas seulement celle de l’accès. Elle est aussi celle du pouvoir de négociation.
Ne plus demander la permission. Construire du rapport de force.
L’Afrique ne gagnera pas cette bataille en cherchant simplement à rassurer les institutions internationales. Elle doit renforcer sa capacité collective à définir ses propres priorités et à négocier ses conditions.
Quatre orientations méritent une attention particulière.
1. Mutualiser les candidatures et les capacités d'accueil.
Les candidatures régionales peuvent permettre à plusieurs pays de partager les infrastructures, les investissements, les compétences et les risques. La coopération doit devenir un avantage stratégique, plutôt qu'une solution de dernier recours.
2. Faire de l'héritage une obligation, pas une promesse.
Chaque grand événement devrait s'accompagner d'un cadre contraignant de développement : sport scolaire, formation des entraîneurs, accès des filles et des femmes, infrastructures communautaires et développement des compétences. L'héritage doit être planifié, financé et évalué.
3. Construire une véritable coordination continentale.
Les gouvernements, fédérations, institutions régionales et partenaires économiques doivent dépasser les logiques nationales isolées. Une stratégie commune renforcerait le pouvoir de négociation de l'Afrique dans les instances internationales.
4. Reprendre la maîtrise de la valeur économique.
L'organisation d'un événement ne doit pas se limiter à mobiliser des prestataires et des investissements extérieurs. Elle doit aussi soutenir les entreprises locales, développer les compétences, favoriser l'innovation et créer des emplois durables.
Le véritable enjeu
Le sport mondial ne devrait pas être un système dans lequel certains pays définissent les standards tandis que d'autres passent leur temps à démontrer qu'ils les méritent.
L'Afrique a besoin de davantage que de reconnaissance internationale. Elle a besoin de capacités institutionnelles, de stratégies d'investissement et de mécanismes de coopération qui lui permettent de transformer son potentiel en influence durable.
La prochaine grande compétition organisée sur le continent ne devrait donc pas être évaluée uniquement à travers la sécurité, la qualité des stades ou le succès commercial.
Elle devrait aussi être jugée sur ce qu'elle laisse aux populations, aux institutions, aux jeunes générations et à l'économie locale.
La véritable question n'est plus de savoir si l'Afrique peut accueillir le monde. C'est de savoir si le système sportif mondial est prêt à lui reconnaître le pouvoir de contribuer à en définir l'avenir.
Lorsqu’un pays africain se porte candidat à l’organisation d’un grand événement sportif, il ne présente pas seulement un projet de stades, de transports et d’infrastructures. Il doit aussi convaincre. Convaincre qu’il est fiable, suffisamment organisé et capable de maîtriser les risques.
Mais une question mérite d’être posée : qui décide réellement qu’un pays est prêt ?
Dans le sport mondial, les critères de crédibilité, de gouvernance et de capacité organisationnelle sont largement façonnés par un nombre restreint d’acteurs institutionnels et économiques. Les centres de décision restent concentrés, et les représentations du risque ne sont pas toujours indépendantes des rapports de pouvoir historiques.
Pour les nations africaines, cette réalité se traduit souvent par une exigence supplémentaire : elles doivent prouver davantage, rassurer davantage et justifier davantage leur capacité à accueillir les plus grandes compétitions.
Pourtant, les faits invitent à nuancer ce discours.
Lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2023, organisée en Côte d’Ivoire, le continent a démontré sa capacité à mobiliser et à captiver un public international.
Vingt-quatre équipes. Cinquante-deux rencontres. Plus de 1,2 million de spectateurs dans les stades. Près de deux milliards de téléspectateurs à travers le monde et environ 75 millions de dollars de revenus commerciaux, selon les chiffres avancés.
Ce n’était pas un événement à considérer comme un simple pari risqué. C’était un spectacle mondial.
Des stades remplis, une ferveur populaire exceptionnelle, une audience internationale et un potentiel commercial considérable. La CAN a rappelé une évidence : l’Afrique n’est pas à la périphérie du sport mondial. Elle en est l’un des moteurs.
Mais célébrer cette réussite sans regarder ses limites serait une erreur.
Car accueillir une compétition et construire un système sportif durable sont deux exercices profondément différents.
La Côte d’Ivoire a démontré qu’elle pouvait organiser une grande compétition continentale. Cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble de son système de développement sportif dispose des mêmes fondations : infrastructures inégalement réparties, parcours de formation parfois fragmentés, ressources limitées pour l'encadrement technique, gouvernance et passerelles insuffisamment structurées entre sport scolaire, pratique communautaire et haut niveau.
C’est ici que se situe le véritable paradoxe africain : le continent sait produire le spectacle, mais peine encore à transformer systématiquement ce spectacle en systèmes durables.
Et c’est précisément sur ce terrain que se joue la prochaine bataille.
Le contrôle de l’accès aux grandes compétitions ne concerne pas uniquement le choix des pays hôtes. Il influence également leur capacité à maîtriser les investissements, les compétences, les infrastructures et les retombées économiques qui accompagnent ces événements.
La question n’est donc pas seulement celle de l’accès. Elle est aussi celle du pouvoir de négociation.
Ne plus demander la permission. Construire du rapport de force.
L’Afrique ne gagnera pas cette bataille en cherchant simplement à rassurer les institutions internationales. Elle doit renforcer sa capacité collective à définir ses propres priorités et à négocier ses conditions.
Quatre orientations méritent une attention particulière.
1. Mutualiser les candidatures et les capacités d'accueil.
Les candidatures régionales peuvent permettre à plusieurs pays de partager les infrastructures, les investissements, les compétences et les risques. La coopération doit devenir un avantage stratégique, plutôt qu'une solution de dernier recours.
2. Faire de l'héritage une obligation, pas une promesse.
Chaque grand événement devrait s'accompagner d'un cadre contraignant de développement : sport scolaire, formation des entraîneurs, accès des filles et des femmes, infrastructures communautaires et développement des compétences. L'héritage doit être planifié, financé et évalué.
3. Construire une véritable coordination continentale.
Les gouvernements, fédérations, institutions régionales et partenaires économiques doivent dépasser les logiques nationales isolées. Une stratégie commune renforcerait le pouvoir de négociation de l'Afrique dans les instances internationales.
4. Reprendre la maîtrise de la valeur économique.
L'organisation d'un événement ne doit pas se limiter à mobiliser des prestataires et des investissements extérieurs. Elle doit aussi soutenir les entreprises locales, développer les compétences, favoriser l'innovation et créer des emplois durables.
Le véritable enjeu
Le sport mondial ne devrait pas être un système dans lequel certains pays définissent les standards tandis que d'autres passent leur temps à démontrer qu'ils les méritent.
L'Afrique a besoin de davantage que de reconnaissance internationale. Elle a besoin de capacités institutionnelles, de stratégies d'investissement et de mécanismes de coopération qui lui permettent de transformer son potentiel en influence durable.
La prochaine grande compétition organisée sur le continent ne devrait donc pas être évaluée uniquement à travers la sécurité, la qualité des stades ou le succès commercial.
Elle devrait aussi être jugée sur ce qu'elle laisse aux populations, aux institutions, aux jeunes générations et à l'économie locale.
La véritable question n'est plus de savoir si l'Afrique peut accueillir le monde. C'est de savoir si le système sportif mondial est prêt à lui reconnaître le pouvoir de contribuer à en définir l'avenir.
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